03-09-2014
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Les métiers les plus recherchés de Suisse Version imprimable Suggérer par mail
En ce début d'année, la pénurie de personnel qualifié en Suisse est confirmée. Des milliers de spécialistes manquent à l'appel dans le secteur informatique, horloger, médical, bancaire, du négoce mais aussi de l'industrie mécanique, du bâtiment et de l'hôtellerie. Une situation liée à une conjoncture économique au beau fixe mais aussi à des salaires trop bas et à un manque en matière de formation

Informaticiens spécialisés, horlogers, ingénieurs dans l'industrie pharmaceutique, mécaniciens ou encore infirmières: vos compétences valent de l'or! Et pour cause: la Suisse connaît une sévère pénurie de personnel qualifié. Le marché du travail dans certains secteurs est même asséché.

«Il est en effet très tendu», souligne Charles Bélaz, directeur de Manpower Suisse. «D'une manière générale, toutes les professions sont touchées lorsqu'il s'agit de trouver des gens qualifiés», renchérit Tony Pereiro, directeur commercial d'Adecco pour la Suisse romande et le Tessin et directeur général adjoint. Par conséquent, c'est désormais le candidat qui a la main. «Ils ont tous entre deux et trois possibilités», témoigne Maurice Marani, consultant chez Curriculum SA, société active dans le placement de personnel qualifié et cadres du domaine tertiaire à Genève. Quels sont donc ces métiers tant recherchés? Tour d'horizon.

«Ce sont ceux que les employeurs ont le plus de mal à recruter, constate Florence Ceysson-Thiriet, directrice du site romand de l'emploi JobUp. «Ce n'est pas nouveau, mais le phénomène s'est renforcé avec la forte expansion dans le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la communication, précise Yves Flückiger, vice-recteur de l'Université de Genève et directeur de l'Observatoire universitaire de l'emploi.

«La pénurie est d'autant plus forte, explique Maurice Marani, consultant chez Curriculum SA, que les sociétés recherchent toutes des spécialistes capables de mettre en place les mêmes logiciels d'entreprises tels qu'Oracle ou SAP.»

Ce métier a perdu de son attractivité ces dernières années. Conséquence: il n'y a plus assez d'ingénieurs spécialisés en Suisse dans certains domaines. «On ne s'en est pas rendu compte avant. C'est toujours le cas quand l'économie ne va pas bien. Ce n'est que lorsqu'elle repart que l'on se rend compte des manques en matière de personnel qualifié», rappelle le directeur de Manpower.

«Le marché est très sec, notamment dans le domaine pharmaceutique et celui des appareils médicaux, témoigne pour sa part Eric Châtelain, directeur de E.M.S Lausanne (Engineering Management Selection). Aujourd'hui, tous les spécialistes sont en emploi. Il en manque beaucoup dans la qualité car une bonne partie d'entre eux ne bougent plus une fois qu'ils ont trouvé une place.» Une solution s'impose alors: aller les chercher en dehors de la Suisse.

La formation des ingénieurs dans notre pays serait-elle inadaptée? «La Suisse forme des ingénieurs de façon très large et elle a raison car cela leur permet de s'adapter aux variations du marché du travail. Il manque cependant des filières spécifiques, déplore Eric Châtelain. Heureusement, des formations se mettent sur pied grâce au partenariat entre des entreprises et des organismes compétents en matière de formation et de conseil. Par exemple, Ariaq, à Yverdon-les-Bains, a ouvert une branche pour des ingénieurs qui participent à la création d'une ligne de production.»

Dans l'horlogerie, le manque de main-d'oeuvre qualifiée est lié à l'explosion du marché, qui a vu son potentiel d'acheteurs considérablement augmenter ces dernières années.

Mais pas seulement. Selon Yves Flückiger, directeur de l'Observatoire universitaire de l'emploi à Genève, les difficultés sont également d'ordre structurel. Une étude de la Convention patronale de l'industrie horlogère (CPIH) a montré que les attentes en termes de nouveaux professionnels formés d'ici à 2010 s'élevaient à 2164 horlogers. «Cela dépasse les capacités actuelles. C'est pourquoi les formations de reconversion permettent d'ajuster l'offre.»

Ralph Zürcher, responsable de la formation à la CPIH, estime que la pénurie est ponctuelle, due à un problème de «surchauffe». Mais «à long terme, nous disposons de suffisamment de diplômés». Selon lui, la volonté de former existe. La preuve: à la rentrée 2007, 383 nouveaux contrats d'apprentissage dans les métiers de l'industrie horlogère ont été conclus, contre 295 en 2006. Des écoles de formation à plein-temps ont aussi été créées.

En attendant que ces futurs professionnels soient diplômés, les sociétés horlogères doivent pallier cette pénurie rapidement. Trouver des solutions à court terme. Le recours aux chômeurs en est une, exploitée par l'agence de placement Manpower. Un projet pilote avec Patek Philippe a déjà vu le jour à Genève en 2007 et un autre avec Cartier suivra à Neuchâtel. Il s'agit d'une formation de cinq semaines, qui sera ensuite complétée en entreprise.

Face au manque de relève dans l'industrie mécanique de Suisse romande, le secteur a tiré la sonnette d'alarme l'automne dernier. Car, chaque année, la branche compte 700 nouveaux apprentis, alors que plus de 1100 employés quittent les entreprises. La branche appelle les entreprises à former plus d'apprentis.

Les professionnels dans les soins manquent cruellement. L'explosion démographique est l'une des raisons principales. Il y a plus de gens dans les hôpitaux et les effectifs ne suivent pas.

«Les salaires sont trop bas et les conditions de travail pas assez satisfaisantes», souligne Yves Flückiger.

«On a atteint un pic dans ce secteur. On trouve très peu de gens qualifiés, témoigne Tony Pereiro, directeur général adjoint d'Adecco. Beaucoup d'Espagnols ou de Portugais ont pris leur retraite et sont retournés chez eux. Quant aux jeunes de ces pays, ils sont nettement moins nombreux à vouloir venir ici. Notamment en raison de l'euro qui est très fort. Une fois qu'ils ont fait leurs comptes, vivre en Suisse leur paraît nettement moins intéressant. C'est la même chose avec les frontaliers.»

Ainsi, même le recrutement à l'étranger n'est plus une solution qui marche à tous les coups. «La Suisse n'est plus le paradis professionnel qu'elle a été», constate Maurice Marani, consultant à Genève. «On reste attractif, nuance Charles Bélaz. Toutefois, il est vrai que le coût de la vie est très cher ici. Du coup, beaucoup d'Européens préfèrent aller travailler dans des pays qui offrent aussi des bons salaires mais également des conditions de logement plus intéressantes. Par exemple, en Hollande ou au Danemark.»

Une autre piste pour trouver du personnel: celle des seniors. Selon le directeur de Manpower, les employeurs doivent revoir leur politique d'engagement des seniors et envisager des plans de fin de carrières avec eux. Beaucoup de seniors qualifiés seraient très intéressés à pouvoir continuer à travailler. Or, jusqu'à aujourd'hui, la Suisse a eu une politique de préretraite.»

Ainsi, si le manque de bras et de têtes complique la vie des entreprises, il a aussi des aspects positifs. Il fait soudain prendre conscience aux employeurs des efforts à faire à plus long terme, notamment en matière de formation, il permet à certains de se reconvertir ou encore de voir leur salaire revu à la hausse. 


Les 10 jobs les plus recherchés

Voici la liste des professions recherchées en Suisse en ce début d'année 2008:

  • Informaticiens spécialisés
  • Horlogers
  • Ingénieurs spécialisés (pharmaceutique, qualité, etc.)
  • Métiers du bâtiment (maçons, charpentiers, électriciens)
  • Mécaniciens (polymécaniciens, automaticiens, constructeurs d'appareils, électroniciens)
  • Métiers de l'hôtellerie-restauration
  • Infirmières
  • Gestionnaires de fortune
  • Comptables
  • Assistants administratifs
Elise Jacqueson - 12/01/2008 Le Matin Dimanche
 
Département de la formation, de la Jeunesse et de la Culture